Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie

Les masters de recherche

Qu’est-ce qu’un master?

Le mot « master » (ou « mastère ») désigne à la fois une formation universitaire et le diplôme obtenu au terme de cette formation. Cette formation s’effectue sur deux années, intitulées « Master 1 » (M1) et « Master 2 » (M2). Dans le cursus universitaire classique, le master fait suite à une licence. Les étudiants en médecine ont la possibilité d’accéder directement au M1, sans licence préalable.

Il existe deux types de master : les masters pro et les masters recherche. Les masters pro visent à acquérir une compétence professionnelle. Les masters recherche forment à la recherche ; les étudiants sont ensuite capables de mener un projet de recherche dans le cadre de la préparation d’une thèse comme doctorant. Nous présenterons ici les masters recherche.

Le master s’obtient en validant des crédits (ECT : European Credits Transfer) en fonction des unités d’enseignement (UE) suivies et des stages effectués en laboratoire de recherche.

- Pour obtenir un niveau de M1, les étudiants en médecine doivent valider différentes UE et/ou effectuer des stages courts en laboratoire de recherche, soit au cours des premières années de médecine (PCEM2 et DCEM1), soit au cours de l’internat. Les UE peuvent être suivies et validées indépendamment sur plusieurs années. Les modalités pratiques peuvent varier selon les facultés et le stage en laboratoire n’est pas toujours nécessaire pour les internes du fait des difficultés pratiques d’organisation.

- Pour s’inscrire en M2, il est nécessaire d’avoir validé un niveau M1. Classiquement, le M2 s’effectue en un an, au moment de l’internat. L’année de M2 comporte deux à cinq mois de cours (de septembre ou novembre à janvier), suivis d’un stage de cinq mois à temps plein dans un laboratoire de recherche. Le stage de recherche donne lieu à la rédaction d’un mémoire, soutenu oralement en juin (voire en septembre).

Pourquoi faire un master?

De nombreuses motivations (non contradictoires !) peuvent conduire à envisager un master. En voici quelques unes…

Un attrait pour la recherche

Depuis votre naissance, vous voulez devenir chercheur… Pas de doute, il faut faire un master ! Le master permet de découvrir le monde de la recherche de l’intérieur : en s’intégrant pendant plusieurs mois au sein d’un laboratoire, en participant à la réalisation d’un projet de recherche. Le master est la première étape d’un cursus scientifique complémentaire du cursus médical. Il est indispensable pour s’inscrire en école doctorale et préparer une thèse.

Un plan de carrière

Depuis votre naissance, vous voulez devenir PU-PH… Pas de doute, il faut faire un master ! Pour accéder aux postes universitaires (chef de clinique, voire ultérieurement maître de conférence, puis professeur – mais il faudra alors plus qu’un master…), il est souvent demandé aux internes d’acquérir une formation scientifique complémentaire.

Une envie de formation complémentaire

Suivre un master permet d’acquérir/approfondir des connaissances théoriques (en plus de l’apprentissage pratique de la recherche). La thématique du master détermine le(s) domaine(s) des connaissances. Celui-ci peut être plus ou moins lié à la psychiatrie. L’intérêt du master est aussi de s’éloigner de la clinique, pour aborder les problématiques de la psychiatrie avec de nouveaux outils, à travers une (ou plusieurs) discipline(s) scientifique(s).

Les rencontres, la curiosité

Suivre un master peut aussi se décider au cours de l’internat au fil des rencontres : avec des médecins impliqués dans des programmes de recherche, avec des chercheurs…

La curiosité est aussi (et surtout !) le moteur d’un projet de master : curiosité de nouveaux savoirs, envie de découvrir de l’intérieur le monde de la recherche…

Les questions à se poser pour planifier un master

Planifier un master amène à se poser de nombreuses questions.

Initialement, il est utile de multiplier les sources d’informations: internes plus anciens ou d’autres villes (ne pas hésiter à utiliser pour cela le réseau de l’AFFEP et sa mailing liste), hospitalo-universitaires, chercheurs, sites internet des facultés…

Lorsque le projet est plus avancé (notamment lorsque la thématique est choisie et l’équipe de recherche trouvée), l’équipe de recherche d’accueil accompagne (idéalement) l’interne dans ses dernières démarches : établissement des dossiers de demandes de financements, choix des enseignements…

Dans tous les cas, il est important de ne pas rester seul avec ses questions.

Quand faire un master recherche ?

La plupart des étudiants en médecine poursuivent le M2 au cours de l’internat. C’est une période où il est facile d’interrompre son cursus (en prenant une disponibilité) et il existe des financements dédiés aux internes (année-recherche et autres bourses).

Le plus habituel est de programmer son M2 durant la deuxième moitié de l’internat : en prenant une disponibilité entre la troisième et la quatrième année d’internat. Cela laisse deux ans en début d’internat pour découvrir la discipline, rencontrer des équipes, se poser ses propres questions… et choisir le domaine dans lequel faire son master. Le M2 est ensuite préparé sur le plan pratique pendant la troisième année.

Toutefois, il ne s’agit pas d’une règle absolue. Il est possible de prendre une disponibilité pour « études et recherche » dès 6 mois d’internat. Le master est aussi planifié en fonction : des disponibilités et capacités de l’équipe de recherche, des financements (après 5 semestres validés, il est possible de faire des remplacements ; certains font le master immédiatement après l’internat tout en ayant une activité de consultation…) et des évènements de vie privée !

Prendre ou non une disponibilité ?

Prendre une disponibilité permet de se consacrer exclusivement au travail du M2 ; idéalement, la mise en disponibilité se fait sur une période de un an de novembre à novembre (il reste toutefois nécessaire de prévoir des aménagements pour le mois d’octobre précédant la disponibilité, car les cours commencent le plus souvent en octobre). Une mise en disponibilité nécessite d’avoir des ressources pour compenser l’absence de revenus.

Certains choisissent de réduire la disponibilité aux six mois d’hiver, en prévoyant des aménagements et une grosse charge de travail pour les mois où se chevauchent M2 et stage d’interne. Localement, certaines villes prévoient des postes aménagés pour faire de la recherche.

Enfin, certains internes poursuivent un M2 en parallèle des stages. Cela nécessite une faible charge de travail en stage, et la possibilité de s’absenter aussi bien des cours et du stage en laboratoire que du stage à l’hôpital.

Comment financer son master ?

La question du financement conditionne bien souvent la décision de suivre un master, mais surtout de la mise en disponibilité. Différents modes de financements existent :

1. l’année-recherche : c’est un dispositif par lequel les internes en disponibilité pour recherche continuent à percevoir un salaire d’interne. Elle est attribuée localement, en fonction du projet de recherche, indépendamment du classement à l’internat. Les modalités pratiques pour postuler pour une année-recherche sont définies localement : se renseigner auprès de son ARS ou son UFR.

2. les bourses : deux organismes sont pourvoyeurs de bourses pour les internes : la Fondation pour la Recherche Médicale (http://www.frm.org/chercheurs/les-appels-d-offres/programme-espoirs-de-la-recherche.htm) et parfois l’Académie Nationale de Médecine (http://www.academie-medecine.fr/modalite_3eme_cycle.cfm) pour un montant d’environ 1400 euros par mois pour douze mois. Les dossiers se constituent en mars-avril et il est recommandé de rester vigilant quant aux deadlines qui varient d’un organisme à l’autre ; il est nécessaire d’avoir déjà élaboré le projet de recherche avec l’équipe d’accueil (dans les grandes lignes, ou tout au moins un projet plausible, même si le projet final s’avère différent). D’autres organismes peuvent offrir des bourses : la Fondation Groupe Pasteur Mutualité (http://www.fondationgpm.fr/), la Fondation Pierre Deniker (http://www.fondationpierredeniker.net/), la Fondation FondaMental (http://www.fondation-fondamental.org/). Les laboratoires pharmaceutiques n’offrent plus de financement direct ; les laboratoires Lilly sont associés avec la FRM pour une bourse à destination d’un projet « psychiatrique ».

3. les ressources locales : les laboratoires de recherche et les services hospitaliers peuvent avoir la possibilité de vous financer (via des contrats, des PHRC…). C’est pour cela qu’il ne faut surtout pas hésiter à aborder la question du financement avec votre chef de service, ou le directeur du laboratoire d’accueil.

4. les financements autonomes : lors d’une disponibilité, il est possible de palier au manque de salaire en effectuant des gardes dans les structures accueillant des internes (avec accord de la direction) ou en effectuant des remplacements dans des structures privées (avec une licence de remplacement ; pour les modalités d’obtention, se renseigner auprès du Conseil Départemental de l’Ordre des Médecins). Cette solution, tout comme ne pas prendre de disponibilité, implique de ne pas consacrer tout son temps au master ; il est important d’en discuter avec les responsables du master et le directeur de stage. Une loi récente prévoit que le stage de M2 fasse l’objet d’une rémunération par le laboratoire de recherche (environ 400 euros par mois pendant la durée du stage), indépendamment de toutes les autres sources de financement.

Où faire son master?

Le plus pratique est peut-être dans la ville de son internat. Toutefois, une année de M2 est très propice à la mobilité : il est possible de s’inscrire à n’importe quel M2 (accueillant des internes en psychiatrie) en France. Si un enseignement ou un laboratoire de recherche paraît particulièrement intéressant dans une autre ville (ou s’il n’y a rien d’attirant au niveau local), il ne faut pas hésiter à se poser la question d’effectuer son master dans une autre ville. A noter que l’enseignement et le stage de recherche peuvent avoir lieu à deux endroits différents (éventuellement très éloignés). Pour que l’équipe pédagogique du master valide le stage de recherche dans un laboratoire, il est souvent nécessaire que ce laboratoire soit accrédité ou affilié au master. Si ce n’est pas le cas, renseignez-vous auprès du secrétariat du master sur les démarches à effectuer.

L’année de M2 est également propice aux séjours à l’étranger, notamment pour y effectuer le stage de recherche. Outre l’intérêt scientifique, il peut y avoir un intérêt linguistique (parler l’anglais sans accent ! après un stage en pays anglophone), voire plus si affinités… Il faut se renseigner sur les conventions qui existent entre la faculté d’enseignement et des lieux de stage à l’étranger, ou profiter d’une collaboration internationale d’un laboratoire français.

L’année de M2 est propice à la mobilité, sans que ce soit forcément compliqué ; mais il est nécessaire de s’organiser de manière anticipée et rigoureuse.

Elaborer son projet de master 2

En pratique, un projet de M2 ne s’élabore pas seul, même si les idées personnelles de l’interne sont bienvenues. Le projet s’élabore avec l’équipe du laboratoire d’accueil. Il faut donc avant tout choisir un laboratoire dans un domaine de recherche donné.

Choisir un domaine de recherche

Il existe une multitude de domaines dans lesquels un interne de psychiatrie peut effectuer un M2. De manière non exhaustive, nous pouvons citer : neurosciences, génétique, imagerie cérébrale, pharmacologie, psychologie, linguistique, philosophie, anthropologie, épidémiologie, éthique…

Le projet de recherche s’avère souvent très spécialisé : il s’agit de traiter une question scientifique précise. Toutefois, la manière d’y répondre peut être plus ou moins pluridisciplinaire (en faisant appel aux outils de différents champs). Certains masters encouragent une approche pluridisciplinaire (à l’instar du master recherche en sciences cognitives de Paris V-ENS-EHESS qui associe sciences humaines et neurosciences).

Il est nécessaire d’avoir une cohérence dans son année de M2 : le domaine du projet de recherche détermine la thématique du master auquel on s’inscrit. Les cours suivis sont en rapport avec le projet de recherche mais apportent plus largement des connaissances sur le domaine d’étude.

Différents critères peuvent entrer en compte dans le choix du projet de recherche : les possibilités de recherche et d’enseignement locales, la possibilité d’obtenir un financement… Mais il reste primordial de choisir un domaine qui plaît, pour être capable d’y travailler de manière approfondie plusieurs mois.

Trouver un laboratoire d’accueil

Le choix du laboratoire d’accueil peut s’imposer de lui-même : laboratoire de recherche rattaché au service hospitalo-universitaire.

Mais le choix du laboratoire de recherche peut aussi faire l’objet d’une démarche personnelle. Il faut définir au préalable le domaine de recherche et le lieu où vous souhaitez aller. Il faut ensuite trouver les coordonnées des laboratoires et des chercheurs : par exemple, et de manière non exhaustive, en recherchant sur les sites internet des organismes de recherche : site du CNRS (http://www.cnrs.fr/) ; site de l’INSERM (http://www.inserm.fr/) ; site du RISC pour les sciences cognitives (http://www.risc.cnrs.fr/) ; sur les sites des facultés, notamment les pages d’information du(des) master(s) qui vous intéresse(nt) ; sur les publications (les coordonnées de l’auteur principal sont toujours mentionnées) ; lors de congrès ou de journées scientifiques (pour les sciences cognitives, il existe un forum annuel à Paris en mars – le forum des sciences cognitives – où sont présents de nombreux laboratoires et des équipes pédagogiques de masters)… Ensuite, il ne faut pas hésiter à prendre contact avec les laboratoires et à aller rencontrer des chercheurs, même sans être introduit par une connaissance. Il peut être tout aussi intéressant pour le laboratoire de vous accueillir, que pour vous d’y aller !

Le projet de recherche à réaliser dans le cadre du master est établi avec la personne qui vous encadrera dans le laboratoire. Là encore, il ne faut pas hésiter à solliciter son aide pour l’écriture d’un pré-projet, souvent nécessaire à la candidature en master, et pour les démarches d’inscription et de financement.

Choisir les enseignements

Il existe plusieurs masters susceptibles d’accueillir en M2 des internes de psychiatrie en France. Certains sont très ciblés pour les internes de psychiatrie (Master de Biologie Intégrative et Physiologie – Paris VI) ; d’autres les accueillent de manière régulière et habituelle (la plupart des masters de neurosciences, neuropsychologie, sciences cognitives). En fonction de son projet, il reste toutefois possible de postuler pour des masters n’accueillant pas habituellement des internes de psychiatrie. Ceci implique une démarche personnelle pour trouver la formation adéquate et s’y faire accepter.

Voici à titre d’exemples quelques masters accueillant des internes de psychiatrie :
• Master Biologie Intégrative et Physiologie (BIP), spécialité neurosciences – Paris VI http://bip-neuro.snv.jussieu.fr/index.htm
• Master Recherche en Sciences Cognitives – Paris V – ENS – EHESS : ATTENTION, début des cours en septembre ! http://lumiere.ens.fr/~cogmaster/www/f_01_portail.php
• Master national de Neuropsychologie – Toulouse 3 – Lyon 2 – Grenoble 2 http://www.univ-lyon2.fr/master-psychologie-specialite-psychologie-cognitive-et-neuropsychologie-neuropsychologie-286905.kjsp
• Master Ethique, spécialité recherche Ethique médicale et bioéthique – Paris V http://www.univ-paris5.fr/spip.php?article1602

Plus de formations sur : http://www.metiers-sciences-cognitives.fr/formation.php

Les renseignements sur les modalités d’inscription et les enseignements sont plus ou moins faciles à trouver sur les sites des universités. Il peut être utile de se renseigner directement auprès du secrétariat du master. Il existe souvent une procédure de candidature (d’avril à juillet) pour être admis. Il est également utile de se renseigner sur l’emploi du temps des enseignements dispensés car certains masters débutent dès le mois de septembre et il vous faudra vous arranger à l’avance avec votre chef de service pour ne pas vous retrouver en difficulté. Cela implique parfois d’anticiper sur le stage qui précède le début du master et d’évaluer la possibilité de s’absenter aussi bien des cours que du stage à l’hôpital.

Si le master ne reçoit pas habituellement les internes de psychiatrie, il peut être nécessaire (et judicieux) de solliciter un entretien avec l’équipe pédagogique du master pour évaluer la faisabilité de votre projet et le degré d’équivalence qui vous est accordé. Les masters de neurosciences acceptent facilement les internes en M2 (quels que soient les enseignements suivis pour le M1) ; les masters de sciences humaines peuvent demander à reprendre un cursus en M1 de la spécialité pour accéder en M2.

Une fois admis, il faut choisir les unités d’enseignement (UE) que vous voulez suivre et valider. La plupart des masters proposent les UE à la carte ; il est nécessaire de valider 30 ECT au premier semestre de M2.

Il existe des accords entre certains masters qui permettent de suivre et valider les UE dispensées par d’autres masters que celui où vous êtes inscrits.

Il est possible de choisir des UE sans lien direct avec le projet de recherche ; un minimum de cohérence est toutefois nécessaire. Il peut être utile de prendre l’avis de son responsable de stage, de l’équipe pédagogique du master… et des étudiants des promotions antérieures. Il est de même pertinent d’évaluer la charge de travail des différentes UE et la compatibilité des emplois du temps.

Quelle suite après un master?

Après le master, retour à la vie d’interne le plus souvent, pour terminer l’internat.

Pour ceux que l’expérience a enthousiasmés, il est possible de poursuivre un cursus scientifique dans le cadre d’un doctorat.

Dans tous les cas, le master permet une immersion dans le monde de la recherche et donne un regard plus avisé vis-à-vis des données scientifiques qui alimentent nos conceptions des maladies et nos pratiques.

Par Olivier Gay Mis à jour par Marine Lardinois le 16 novembre 2014.

Retrouvez en documents téléchargeables le calendrier des échéances et le power point, présenté lors de la 10ème Journée de l’Interne en Mars 2010, présentant les résultats de l’enquête AFFEP portant sur la recherche dans le cursus de psychiatrie.