Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie

La formation aux psychothérapies

La question de la formation aux psychothérapies des internes est une des plus épineuses et compliquées, épineuse car elle renvoie à des conflits anciens ayant par le passé suscité de violentes querelles, querelles semblant s’atténuer de nos jours, et compliquée car elle pose la question de la multiplicité des approches (analytique, cognitivo-comportementale, systémique, transculturelle, institutionnelle, etc.), des modalités de l’enseignement (enseignement par l’université ou par les instituts privés de formation ?) et des aspects de celui-ci (aspects théoriques, pratiques, de supervision), de la place de la démarche psychothérapique personnelle, etc.

Que dit la loi ?

Le 20 mai 2010, le décret réglementant l’usage du titre de psychothérapeute précise que les psychologues, les psychanalystes, les médecins non psychiatres pourront devenir psychothérapeutes à l’issu d’une formation théorique et pratique et qu’ils pourront alors s’inscrire à un registre national consultable par les patients. Pour les psychiatres, la situation est fort différente, puisque d’après le décret, nous serons automatiquement psychothérapeutes à la fin de notre internat et pourrons donc nous inscrire au registre national des psychothérapeutes dès l’obtention de notre diplôme de psychiatre !

Quelles sont les recommandations en France ?

Dans le « livre blanc de la psychiatrie » édité en 2000, la FFP (Fédération Française de Psychiatrie) et le CNUP (Collège National des Universitaires de Psychiatrie), associés à l’AFFEP décrivent les recommandations concernant la formation des internes : « Une partie (1/5ème) de l’enseignement du DES de psychiatrie est consacrée à la psychothérapie, elle porte notamment sur les facteurs communs et différentiels des psychothérapies (50 heures lors des 2 premières années du DES). Au cours des 2 dernières années du DES, enseignement des bases d’au moins 2 approches psychothérapiques dans le cadre de séminaires optionnels (50 heures pour chacun), en relation avec les instituts de formation (possibilité de convention avec l’université) ».

Le bulletin officiel N° 39 du 28 octobre 2004, qui décrit les modalités du DES de psychiatrie, consacre 2 des 13 items d’ « Enseignements spécifiques » à la formation aux psychothérapies.

Enfin, les universitaires de psychiatrie insistent collectivement sur l’importance d’une formation psychothérapique « généraliste » avec pour modèle celui de l’intégration de la théorie et de la pratique.

En pratique, qu’en est-il de la formation délivrée par l’université ?

D’un point de vue théorique, la formation actuelle du DES de psychiatrie se fait principalement sous la forme de séminaires théoriques proposés aux internes. Il existe également des diplômes universitaires (DU) consacrés aux grands courants de la psychothérapie. Cependant les recommandations évoquées ci-dessus sont loin d’être appliquées et la formation aux psychothérapies reste insuffisante et dépendante de l’intérêt que le coordonateur régional de DES lui porte, variant donc radicalement en fonction des régions. Certaines villes offrent par exemple la possibilité d’assister à des séminaires d’orientation analytique, mais ne proposent pas de séminaires centrés sur les approches cognitivo-comportementales ou systémiques, alors que l’inverse est vrai pour d’autres villes, rares étant celles qui offrent une plus large panoplie de séminaires. Vous trouverez la liste détaillée des séminaires par ville sur notre site internet dans la rubrique « l’internat ville par ville ».

La supervision

La supervision, temps réservé à un échange avec un sénior à propos des difficultés dans la relation thérapeutique entre l’interne et le patient, est aspect essentiel de la pratique clinique et de la transmission du savoir. Il est en effet indispensable que les internes soient accompagnés dans chacun de leurs stages par un référent ou superviseur de façon à être formé aussi bien aux entretiens individuels et à la clinique qu’à la relation psychothérapeutique. Les modalités de ces supervisions varient en fonction des lieux de stage : dans certains stages elle se fait sous forme de supervision individuelle et dans d’autres de supervisions en petits groupes d’internes. Il existe par ailleurs des villes, comme Paris, où des médecins hospitaliers ont mis en place sous forme de séminaire inclus dans le DES des groupes de supervision extérieurs aux stages regroupant de façon bimensuelle quelques internes par le type de supervision choisi (analytique, systémique, etc.).

Une enquête réalisée par l’AFFEP montre que 97 % des internes pensent que la supervision est nécessaire, et près de 80 % d’entre eux pensent qu’elle devrait être au moins bimensuelle. Malheureusement seulement 50 % des internes en bénéficient...

Quid des formations extra-universitaires ?

Au-delà de la formation délivrée par l’université, les internes ont aussi la possibilité de se former par eux-mêmes sur leur temps libre en fréquentant les instituts privés de formation et en assistant à des séminaires organisés par les différentes associations ou sociétés savantes (qu’elles soient d’orientation analytique, systémique ou cognitivo-comportementale). L’enquête évoquée ci-dessus montre que 25 % des internes de 4ème année se sont formés dans ces instituts de formation extra-universitaires (hors formation psychanalytique). Cependant ces formations parallèles sont payantes et à la charge de l’interne, avec un coût variable en fonction des instituts mais correspondant souvent à un mois de salaire d’interne par année de formation.

La démarche personnelle

Enfin, la formation en psychiatrie et tout particulièrement celle des psychothérapies pose la question de la démarche personnelle. Quel que soit le type d’exercice et le courant psychothérapeutique vers lequel l’interne s’oriente, la démarche personnelle est une étape extrêmement enrichissante pour la pratique psychiatrique et tout à fait indispensable pour la pratique psychothérapeutique. Elle peut prendre des aspects très variés, allant de la cure analytique classique ou de la psychothérapie d’inspiration psychanalytique, à la résonnance proposée dans la formation en thérapie familiale ou encore à une thérapie sur un problème spécifique, comme le recommandent les formations en thérapies cognitivo-comportementales.

A titre d’exemple, dans l’enquête menée par l’AFFEP, 19 % des internes sont en analyse (13 % en début d’internat et 26 % en fin d’internat) dont un peu plus de la moitié en « cure type », taux inférieur aux 30 % (19 % en début d’internat et 42 % en fin d’internat) recensés dans l’enquête de 2001 effectuée auprès de 149 internes (22 % des internes). Ces résultats concernent seulement la psychanalyse qui n’est que l’une des modalités de démarche personnelle.

Et dans le reste de l’Europe ?

En ce qui concerne les recommandations européennes, le chapitre 6 écrit en 2000 et révisé en 2003 par l’« European Board of Psychiatry » de l’UEMS (Union Européenne des Médecins Spécialistes) évoque aussi la formation aux psychothérapies et prévoit une formation incluant des cours d’une heure par semaine, soit 120 heures à répartir sur les 3 premières années d’internat.

Cependant ces recommandations qui ne sont pas respectées en France, le sont aussi très rarement dans les autres pays. Il est par exemple intéressant de savoir que dans certains pays, les internes ne reçoivent aucune formation psychothérapeutique (Croatie, Roumanie, Slovénie, etc.) alors que dans d’autres, comme par exemple en Suisse, les internes ont tous une double formation, de psychiatre et de psychothérapeute. Enfin, deux anecdotes intéressantes : celle de la Suisse où la thérapie individuelle est obligatoire durant l’internat et celle de la Hollande où les internes reçoivent une formation gratuite par l’université, cours théoriques et supervisions, et se voient payer par leur université les 52 premières séances de thérapie individuelle psychanalytique qui est donc comme en Suisse elle aussi obligatoire. A méditer... !

Restons optimistes...

En conclusion, bien que souhaitée aussi bien par les internes (qui demandent la mise en place d’une initiation obligatoire aux principes généraux et aux grands courants de psychothérapie dans la 1ère partie de l’internat et la possibilité de se former de façon plus approfondie dans le domaine qui les intéresse en 2ème partie de l’internat) que par les médecins et universitaires s’occupant de notre formation, la formation aux psychothérapies reste aujourd’hui une des lacunes du DES de psychiatrie. Cependant, « un virage s’amorce » comme le dit le Pr Patris dans son éditorial « La psychiatrie à la recherche de ses racines psychothérapiques » de La Lettre de Psychiatrie Française de juin 2010 : « La question de la formation psychothérapique des psychiatres est restée en sommeil depuis plusieurs décennies et nous ferons tout, nous les universitaires, pour la ranimer. Un virage s’amorce, il s’agit de bien le négocier »... Alors restons optimistes... !

En vous rendant sur le site de la Fédération Française de Psychiatrie (FFP), vous trouverez les noms et les adresses des différentes associations proposant des formations psychothérapeutiques.

Site internet de la FFP

Après des décennies de guerres intestines, les jeunes psychiatres n’ont souvent pas la même sensitivité que leurs aînés, et cherchent au moins pendant l’internat à rencontrer les différents courants de psychothérapies plutôt qu’à suivre une idéologie. Les courants ne sont en tout cas pas nécessairement synonymes de concurrence, et les études montrent de plus en plus d’homogénéité dans l’efficacité de telle ou telle psychothérapie. On entend même parfois que ce qui compte le plus, c’est la personne du thérapeute et son empathie en particulier, plus que sa méthode.

Il n’en reste pas moins qu’on peut découper les psychothérapies en grands courants.

La psychanalyse est un modèle de référence archi connu, et archi mal connu ! S’il ne s’agissait que de laisser parler les patients dans le vide pendant des années, il faudrait s’en débarrasser comme certains l’ont proposé.

Alors qu’est-ce que c’est ? C’est essentiellement une méthode à visée thérapeutique. Même si la guérison n’advient que de surcroît selon certains, c’est quand même ce qui motive le travail initial. Le travail porte sur l’inconscient, c’est-à-dire sur des pensées organisées dont on ignore tout mais qui se manifestent à travers les symptômes, rêves et actes manqués. Ces pensées restent inconscientes parce qu’elles sont par exemple inconvenantes, ou trop compliquées à assumer, et qu’il vaut mieux les laisser de côté. Ça concerne donc facilement le domaine sexuel, les passions, etc.

L’angoisse se traite alors d’une façon très différente de la pratique comportementaliste. Il ne s’agit pas de la faire taire en forçant à affronter sa peur (cas classique des TCC avec les phobies simples), mais au contraire d’en écouter et comprendre les composantes. Par exemple, schématiquement, une phobie d’oiseaux peut se comprendre via les associations libres du patient, ses rêves, tout ce qu’il peut dire autour de sa phobie à condition de créer les conditions où il laissera son inconscient s’exprimer. Les oiseaux seront alors peut-être un déplacement d’une autre peur bien plus terrifiante (angoisse de castration notamment à ne pas confondre avec la peur de se faire couper les testicules, la castration renvoyant plutôt au domaine symbolique : accepter de renoncer, peur de l’humiliation, de la soumission...). Cette peur réactivée des années plus tard par un point commun avec un oiseau (animal inoffensif seul, mais qui peut être terrifiant comme l’a montré Hitchcock), peut alors trouver une autre issue quand elle est retravaillée des années plus tard. Bref, le symptôme a un sens, représente un problème qui a du mal à s’exprimer autrement. Au lieu de le faire taire, écoutons ce qu’il dit.

L’analyse du « transfert » est l’outil principal de la pratique. Lors des séances, le psychanalyste met en place les conditions d’une liberté de parole qui contourne les censures inconscientes. Il ne s’agit pas d’y raconter n’importe quoi sans but, mais de chercher l’influence de l’inconscient qui n’apparaît que dans le discours spontané, quand on ne fait pas trop attention à ce qu’on dit. La situation analytique (divan, fréquence et régularité des séances, paiement) permet que les pulsions inconscientes puissent s’exprimer d’une nouvelle manière qui va s’adresser à l’analyste (transfert) plutôt qu’à la cantonade. Celui-ci aura à favoriser cette expression tout en en contrôlant les excès. Cette nouvelle manière s’exprime dans les séances manquées, les retards, ou les arrivées en avance, l’hostilité ou la séduction, tout ce qui se passe dans les séances n’est pas pris au premier degré, mais devient du matériel de travail, réactualisant un ancien conflit sous une forme qui va pouvoir être travaillée.

Cette subtilité du transfert s’expérimente et ne se décrète pas théoriquement. La formation psychanalytique exige donc comme condition absolue et incontournable de faire soi-même une psychanalyse. Au-delà, pour approfondir, de nombreuses écoles proposent des séminaires parfois même spécifiques pour les internes. L’acquisition des connaissances théoriques est donc très accessible. Enfin, des séances de contrôle individuel et/ou en groupe permettent de commencer à approfondir une réflexion psychanalytique sur des patients, avec l’aide d’un psychanalyste expérimenté.

Si les cas les plus simples se résolvent à la limite avec n’importe quelle théorie, il faut bien dire qu’ils sont assez rares ! Les patients que nous voyons le plus souvent ne se plaignent pas d’un symptôme isolé avec un fonctionnement psychique qui serait satisfaisant par ailleurs. La psychanalyse est particulièrement adaptée pour les cas complexes, comme les états limites où il est plus difficile d’isoler un symptôme-cible du traitement. Dans les psychoses aussi, la psychanalyse est un outil théorique très utile, permettant de sortir d’un mode de traitement binaire hallucinations – neuroleptiques. Pourquoi telle ou telle hallucination, pourquoi une réactivation hallucinatoire à tel ou tel moment ?

Voir la psychose comme une maladie génético-biologique permet d’envisager le traitement médicamenteux. Mais voir la psychose aussi comme expression de conflits inconscients permet de prendre en compte ces conflits. Or, la pratique psychiatrique est avant tout une pratique de la maladie chronique, névrose ou psychose. Sans modèle de pensée de ce qu’exprime la maladie, on serait vite remplaçables par des pharmaciens, ou des ordinateurs. Rappelons-nous qu’un patient qui vient nous voir a bien souvent en tête que le psychiatre, c’est celui qui va aider à comprendre quelque chose, qui va éclairer en permettant une nouvelle compréhension de phénomènes obscurs.

La psychanalyse de Freud a maintenant laissé place à des psychanalyses de différents courants et pour éviter de se perdre dans des groupuscules parfois douteux, on préfèrera s’orienter vers les associations d’analystes ayant pignon sur rue. En France, le courant freudien non lacanien est représenté par l’IPA (International Psychoanalytic Association) et la SPP (Société psychanalytique de Paris), et le courant freudo-lacanien est représenté par une multitude d’écoles et associations plus ou moins grandes, mais le plus souvent qui travaillent beaucoup ensemble (Espace Analytique, SPF (Société de psychanalyse freudienne), ALI (Association Lacanienne internationale), 4e groupe, Ecole de la Cause, Mouvement du Coût Freudien, Insistance....). Impossible d’en avoir une vue d’ensemble avant des dizaines d’années de pratique et de rencontre. Pour un interne c’est souvent une question d’opportunité, de présence locale, etc. On trouvera aussi les liens vers toutes ces associations sur le site suivant : http://www.oedipe.org/fr/links

Une autre application dérivée de la psychanalyse, qui concerne directement la psychiatrie (en particulier de secteur et dans quelques cliniques), est la psychothérapie institutionnelle. Le transfert y est analysé non pas avec un thérapeute donné mais avec l’institution dans son ensemble.

Riche cliniquement, et apaisante pour l’ensemble de l’équipe soignante, elle permet par exemple de comprendre qu’un conflit d’équipe peut parfois être le reflet d’un conflit inconscient du patient. Il n’y a donc plus dans l’équipe ceux qui ont raison et ceux qui ont tort, mais une projection des différentes pensées ou pulsions du patient, à ciel ouvert, pour peu qu’on prenne la peine de les observer. On crée alors les conditions d’organisation de l’institution qui permettent que chacun s’autorise à dire ce qu’il ressent à propos d’un patient, et en intervenant de manière différente selon les soignants mais coordonnée. L’infirmier timide peut alors dire ce qu’il a observé, que le patient ne donnait pas à voir aux autres. Et le clivage d’équipe ne finit pas en guerre fratricide mais en travail respectueux de tous, où chacun apporte sa participation.

Il est important de rappeler qu’avant l’apparition des neuroleptiques, Philippe Paumelle, pionnier de la thérapie institutionnelle, a publié sa thèse « essais de traitement collectif du quartier d’agités » (disponible aux éditions ENSP, 1999), où en jouant sur les conditions d’hospitalisation, en ouvrant les pavillons, en respectant les patients, la violence a fortement diminué. La sectorisation psychiatrique en est l’avancée principale (Philippe Paumelle ayant créé l’ASM13, premier secteur en France). Ce n’est qu’après que l’apparition des neuroleptiques a consolidé cette avancée importante de la psychiatrie. Ce qui laisse sceptique sur la tendance actuelle à vouloir multiplier les chambres d’isolement, les unités fermées, les UMD (Unités pour Malades Difficiles), les soins sous contrainte ambulatoires, dans une spirale infernale dont on ne comprendrait pas bien les causes si on oubliait les apports de la thérapie institutionnelle.

Elie Winter, psychiatre d’exercice mixte : Hôpital Paul Guiraud, Villejuif, Service du Dr Rauzy et cabinet libéral à Paris ; Ancien président de l’AFFEP (2002-2004) ; Secrétaire du bureau de l’AFPEP-SNPP (syndicat national des psychiatres d’exercice privé) www.afpep-snpp.org

Les thérapies comportementales et cognitives proposent une adaptation de la psychologie scientifique au domaine de la psychothérapie. Une méthodologie expérimentale est ainsi mise à contribution pour analyser, modéliser le trouble psychique du patient avant de procéder à sa modification et d’apaiser alors la souffrance occasionnée.

Les théories de l’apprentissage (conditionnement classique, opérant, apprentissage social) demeurent le socle de la démarche comportementale. La modification de comportements observables inadaptés, induits et maintenus par des émotions négatives telles que l’anxiété, constitue le principal critère d’efficacité. Les techniques mises en œuvres, notamment l’exposition graduelle aux stimuli anxiogènes, permettent l’assimilation de nouvelles stratégies comportementales moins douloureuses ou invalidantes. A titre d’exemple, un patient présentant une phobie des oiseaux sera dans un premier temps confronté à ces volatiles en imagination au cours d’une séance de relaxation avant de faire face à des photos, puis à des vidéos et ainsi de suite jusqu’à la véritable confrontation in vivo.

A cette approche comportementale se joint une démarche cognitive centrée sur les processus mentaux les plus élaborés, conscients ou non, responsables du traitement de l’information et de l’adaptation du patient au monde extérieur. Certains schémas de pensée dysfonctionnels, maintenus par divers biais de perception, d’interprétation ou de raisonnement, peuvent altérer les relations sociales ou l’estime de soi. Certaines techniques permettent d’accéder à ces schémas profonds à partir des pensées automatiques superficielles (ruminations ou monologue intérieur) et de les modifier afin de réduire la souffrance qu’ils procurent. A titre d’exemple, un patient déprimé ayant tendance à se blâmer pour des choses dont il n’est pas responsable est amené progressivement à élaborer des pensées alternatives plus rationnelles grâce à un jeu subtil de questions/réponses avec le thérapeute.

Depuis leur éclosion « comportementale » dans les années cinquante, les TCC se sont considérablement enrichies avec la révolution « cognitive » puis la troisième vague « émotionnelle » caractérisée notamment par l’intégration de certains éléments issus des thérapies humanistes, du bouddhisme ou encore par l’apport de nouvelles techniques telles que la réalité virtuelle. Des troubles anxieux, les indications se sont progressivement élargies pour concerner aujourd’hui la plupart des troubles psychiatriques, notamment la dépression, la schizophrénie (réhabilitation sociale), le trouble bipolaire (éducation), les troubles de la personnalité, les addictions, les troubles du comportement alimentaire, etc. Il s’agit dans la plupart des cas de thérapies brèves (en moyenne une vingtaine de séances), concrètes et personnalisées, visant à la résolution de problèmes bien définis grâce à des techniques validées scientifiquement. Des objectifs précis et évaluables sont établis avec le thérapeute dont l’attitude chaleureuse et empathique favorise une collaboration active.

En France, la formation initiale est dispensée par certaines universités (diplômes universitaires ou interuniversitaires, sur deux ou trois ans) et par des associations telles que l’Association Française de Thérapie Comportementale et Cognitive (3 ans).

Liens

AFTCC
D.I.U. Université Lyon 1
D.U. Université Paris 5
D.U. Université Lille 2
D.U. Université Bordeaux 2
D.U. Université Toulouse 3
D.I.U. Université Reims
EABCT (European Association for Behavioural and Cognitive Therapies)
AFFORTHECC (Association Francophone de Formation et de Recherche en THErapie Comportementale et Cognitive)

Igor Thiriez, PH à Erasme, service du Dr Cordier ; psychothérapeute en TCC

La systémie est une thérapie qui s’intéresse, comme son nom l’indique, aux systèmes humains (famille, institution). Son objet n’est pas l’individu mais la relation. La phrase « on ne peut pas ne pas communiquer » de P. Watzlawick met l’accent sur l’interrelationnel et laisse intuitivement penser que la systémie peut être un outil thérapeutique utilisable, bien sûr par un thérapeute familial mais aussi par un psychiatre, à tous les niveaux de son travail : en individuel, en prise en charge familiale et dans les enjeux institutionnels.

Cette présentation générale ne permet pas de répondre à la question – souvent difficile – du choix de l’orientation psychothérapeutique que se pose un psychiatre en formation. Alors pourquoi la systémie ?

Parce que son histoire métissée fait partie intégrante de la formation théorique. Elle est apparue dans les années 50 aux États-Unis, sous l’impulsion de l’école de Palo Alto, où un groupe de chercheurs cliniciens s’est intéressé aux schizophrènes et à leur famille. La richesse de ce mouvement naissant des thérapies familiales tient aux personnages et aux influences diverses qui les animaient : J. Haley, D. D. Jackson, P. Watzlawick, G. Bateson (pour ne citer que quelques pionniers) avaient des horizons aussi divers que la recherche en communication, la psychiatrie, la psychanalyse, la sociologie et l’anthropologie. La créativité de l’époque mêle ce travail clinique auprès des familles à des apports théoriques là encore très variés : la théorie des systèmes de L. Von Bertalanffy, les travaux sur la cybernétique de N. Wiener.

Parce que, plutôt que de parler de la systémie nous devrions parler des thérapies systémiques. En effet, la créativité et la liberté insufflées par ce premier mouvement ont permis l’émergence de nombreux courants de pensée et écoles de recherche clinique. Nous pouvons citer en exemple : l’approche structurale de S. Minuchin ; l’approche stratégique de l’école de Palo Alto, enrichie à cette époque par les apports de M. Erickson, hypnothérapeute et personnage « hors norme », et prolongée par l’école italienne avec notamment M. Selvini Palazzoli ; les thérapies familiales intergénérationnelles avec M. Bowen puis M. Andolfi en Italie ; ou encore les approches expérientielles de C. A. Whitaker ou V. Satir. En psychiatrie, ces courants ont notamment participé au renouvellement de l’approche de la schizophrénie et de l’anorexie mentale, au développement de l’intervention de crise et à la réflexion accompagnant le mouvement de désinstitutionnalisation.

Soulignons que cette diversité des thérapies systémiques constitue une source de richesse clinique : il ne s’agit pas de choisir entre différentes écoles, qui seraient cloisonnées de manière rigide, mais au contraire de se réapproprier chaque modèle pour créer le sien.

Parce que cette multiplicité d’approches se traduit, en France, par des formations de 4 ans au sein d’écoles et d’instituts de formation référencés, avec de nombreux pôles locaux-régionaux actifs quant à la formation et la recherche. Ces formations proposent toutes un abord pratique du travail avec les familles (mais aussi, nous l’avons vu, avec les institutions et l’individu), en s’appuyant sur des mises en situation (jeux de rôle) et sur l’analyse de situations cliniques.

Parce que la systémie invite à un autre regard clinique. Face au patient, on laisse de côté la question du pourquoi (il est délirant, il a peur des oiseaux, etc.) pour s’intéresser à comment le symptôme s’inscrit dans une dynamique relationnelle. Ce symptôme n’apparaît plus comme le signe d’un dérèglement cognitif ou psychique mais comme ayant une fonction au sein du groupe où il se déploie. On peut alors commencer à envisager comme une ressource ces familles de patients qui, à travers nos grilles de lecture psychiatriques individu-centrées et linéaires, nous apparaissent trop souvent « toxiques », « pathologiques » ou tout simplement « casse-pied ». La formation systémique donne des armes pour faire de cet entourage un levier thérapeutique dans le travail psychiatrique au quotidien.

Enfin, de notre expérience personnelle, la formation en systémie intègre deux outils cliniques indispensables à la pratique : la supervision et le travail sur la résonnance. La supervision offre une aide à penser et un soutien lors des premiers pas de consultant. La résonnance, concept de M. Elkaïm, permet de repérer et d’analyser son propre vécu dans la relation thérapeutique pour en faire un outil de compréhension de l’expérience et du fonctionnement relationnel du patient ; elle constitue un pont formidable entre l’interrelationnel et l’intrapsychique (conscient et inconscient), deux dimensions essentielles à prendre en compte pour tout clinicien.

Liens

M. Elkaïm
CECCOF
Centre Monceau
APRTF : 8 rue Edouard Lockroy, 75011 Paris. Téléphone : 01 43 38 16 98. Ouest de la France
Toulouse / Lille
SFTF (Société Française de Thérapie Familiale)
EFTA (European Family Therapy Association)
Systémie et travail de crise
Pour la théorie :
IDRES (Institut de documentation, de ressources et d’études en systémique)
Intervention de crise en psychiatrie

Matthieu Romanos, PH à Rambouillet et Julien Fousson, PH, service du Dr Robin, Plaisir.

Conclusion

Rappelez-vous surtout que l’internat est la période la plus propice aux découvertes multiples. L’interne n’est pas sensé tout connaître à priori, et peut changer d’orientation à chaque semestre. On pourrait presque dire qu’il DOIT le faire. Si chaque thérapeute finit par se faire son idée de la « meilleure méthode », l’interne bénéficiera plutôt d’une période d’ouverture maximale à toute expérience disponible.

Par Aude van Effenterre
Mis à jour le 24 Décembre 2014 par Camille Queneau, Reda Boukakiou et Benjamin Lavigne.